Archives pour la catégorie Rêve réaliste

Couche

Je me réveille, il fait nuit, et j’ai une énorme envie d’uriner. Impossible de me lever, je pèse une tonne et aucun de mes muscles n’obéit aux ordres que je leur donne d’une voix de plus en plus suppliante.

Et soudain, j’éclate de rire en me souvenant que je porte une couche. Quel étourdit je fais !

L’instant d’après, je flotte confortablement dans l’eau claire d’une pissine publique. De temps à autres, des maîtres nageurs s’y soulagent, perchés sur les plongeoirs. Quoi ! Il faut bien maintenir le niveau !

Je fredonne en nageant d’un bout à l’autre, plein d’une sensation de légèreté.

Quitter Tel-Aviv

Nous entrons dans l’aéroport en franchissant l’un des quarante portiques dressés cote-à-cote. Avec leur tapis roulant latéral, j’ai le sentiment de passer à la caisse d’un supermarché dans le sens inverse.

Nos valises à roulette à la main, nous cherchons notre chemin dans le dédale des linéaires de cet immense aéroport, décidément aménagé comme une grande surface.

La peur de rater l’avion nous gagne et pourtant, curieusement, je prends le temps de rester observer un groupe de personnes en prière, alignées face à celle qui semble être leur rabbin. Elles sont joyeuses et accueillantes, aussi je les rejoins. Mais, ne connaissant ni leurs rituels ni leurs chants, je me fais bien vite exclure par leurs regards réprobateurs. Tant pis ! Après tout, j’ai un avion à prendre.

Au bout d’une allée, j’aperçois la signalétique des portes d’embarquements. Nous courrons jusqu’à un guichet où une hôtesse nous apprend que l’avion est en train de partir avec quelques minutes d’avance. Le suivant est dans trois heures. Je propose à M. d’en profiter pour rester un jour de plus et visiter Tel-Aviv, mais les conditions générales de vente de notre billet nous contraint de prendre le vol suivant.

Excedée, l’hôtesse décide soudain d’empêcher notre avion de décoller. Elle paraît furieuse contre ce capitaine qui se paye le luxe de voyager sans certains de ses passagers. Elle saute sur le tarmac, s’engouffre dans une voiture et entreprend de rejoindre l’avion qui déjà s’éloigne vers la piste d’aéroport. Nous n’en revenons pas, c’est digne d’un James Bond !

Finalement, j’ignore si nous sommes rentrés.

Débâcle

Encore un labyrinthe. Ou plutôt, une successions de pièces, compliquée, où nous passons pour libérer la bête, que rien ne sauvera autrement.

C’est une ambiance de débâcle. Les familles se tiennent par la main. Se guident, « non, pas par là, c’est dangereux ». Et se perdent.

Les couloirs sont encombrés de vieux meubles protégés de draps épais et poussiéreux, faisant du chemin un parcours du combattant.

Nous sommes tenaillés par l’angoisse d’être entrainés puis séparés par la foule.

Nous bifurquons dans une salle sur notre gauche. Elle est d’un blanc éclatant qui nous éblouit.

Puis plus rien.

Les bostons

C’est curieux ça, de se retrouver dans la même grande entrée du 137, rue de Grenelle, en famille,  dans la même ambiance dix-neuvième siècle que celles du rêve de la veille.

L’arrière grand-père Adolphe, encore lui, déclare fièrement à la cantonade que sa fille a sept agraffes à ses bottes et quatre à ses « bostons » – qui désigne en fait une paire de bottines.

Bizarre.

Conseil de guerre

Conseil de guerre au quatrième étage du 137, rue de Grenelle.

Ma famille est au grand complet. Tous en habit de la fin du dix-neuvième siècle. Mes arrières grand-pères tiennent conciliabule avant d’annoncer que, face aux menaces de bombardements, nous devons rejoindre le deuxième étage.

Tous se précipitent dans les escaliers et commencent à descendre. J’entends alors Adolphe ordonner aux femmes de tenir la rampe et de prendre d’amples respirations pour ne pas tomber inconscient.

Me souviens plus de la suite.

Les herbes du Marquis

Cette plage paradisiaque de Corse est déserte. La mer, lisse comme du marbre poli, reflète un ciel orange.

Assis sur un pot de chambre, je compte les grains de sable entre mes pieds. Centaines, milliers, millions, billions, je suis inlassable.

Un ombre interrompt soudainement mon dénombrement : un arbuste imposant se dresse face à moi. Son odeur est celle du maquis.

Il me caresse les cheveux de ses branches et me propose de venir goûter ses herbes.

Fasciné, je me lève et me tiens au milieu d’une infinité d’arbustes odorants. Suivant son invitation, je picore des feuilles que je mâche lentement, consciencieusement. Elles ont un goût amer mais divin.

Le vent se lève et une rumeur naît et se multiplie en parcourant les branches. Je me penche pour écouter plus attentivement et entends : « il mange les herbes du Marquis, vivaré, vivaré ».

Au matin, je reste songeur.

Une nouvelle vie commence

Pourquoi se garer à Barbès alors qu’on va à Montmenrency ? Sans doute parce qu’il y a une chance qu’on y trouve de la place.

L’autoroute surélevée qui nous y conduit n’a qu’une voie et est rectiligne à perte de vue.

Une bonne demi-heure pour parvenir à la bretelle mais ça en valait la peine : on trouve à se garer sur un trottoir de Clignancourt.

C’est Noël et je suis exalté à l’idée que mon oncle F. nous héberge pour quelques mois, le temps pour nous de trouver un nouveau logement. Une nouvelle vie commence !

Dans la grande maison bourgeoise en pierres de lave, l’ambiance est festive. Cousins, cousines, oncles, tantes, grand-parents ont apporté des cadeaux qui ont été savamment cachés. Pâques à Noël, c’est doublement la fête !

Mais les cadeaux ne nous intéressent pas, tout heureux que nous sommes à l’idée de cet emménagement. Pourtant, quelque chose me tracasse. Mon oncle a-t-il bien compris que notre installation durerait plusieurs semaines ? J’ai un doute là-dessus et, à la mine contrite qu’il fait lorsque je lui pose la question, je comprends que ça ne va pas le faire.

Nous quittons la soirée pour retrouver la voiture et en chemin nous arrêtons boire un coup au café encore ouvert à cette heure tardive. L’ambiance est chaleureuse, façon guinguette de Montmartre.

L’instant d’après nous sommes chez ma mère, à qui nous apprenons benoîtement notre passage à la fête de Noël organisée par son frère et que nous pensons nous installer chez lui. Elle entre dans une colère froide, me reprochant de ne pas l’avoir prévenue de cette invitation.

Je me sens honteux.