Archives pour la catégorie Rêve réaliste

Les bostons

C’est curieux ça, de se retrouver dans la même grande entrée du 137, rue de Grenelle, en famille,  dans la même ambiance dix-neuvième siècle que celles du rêve de la veille.

L’arrière grand-père Adolphe, encore lui, déclare fièrement à la cantonade que sa fille a sept agraffes à ses bottes et quatre à ses « bostons » – qui désigne en fait une paire de bottines.

Bizarre.

Conseil de guerre

Conseil de guerre au quatrième étage du 137, rue de Grenelle.

Ma famille est au grand complet. Tous en habit de la fin du dix-neuvième siècle. Mes arrières grand-pères tiennent conciliabule avant d’annoncer que, face aux menaces de bombardements, nous devons rejoindre le deuxième étage.

Tous se précipitent dans les escaliers et commencent à descendre. J’entends alors Adolphe ordonner aux femmes de tenir la rampe et de prendre d’amples respirations pour ne pas tomber inconscient.

Me souviens plus de la suite.

Les herbes du Marquis

Cette plage paradisiaque de Corse est déserte. La mer, lisse comme du marbre poli, reflète un ciel orange.

Assis sur un pot de chambre, je compte les grains de sable entre mes pieds. Centaines, milliers, millions, billions, je suis inlassable.

Un ombre interrompt soudainement mon dénombrement : un arbuste imposant se dresse face à moi. Son odeur est celle du maquis.

Il me caresse les cheveux de ses branches et me propose de venir goûter ses herbes.

Fasciné, je me lève et me tiens au milieu d’une infinité d’arbustes odorants. Suivant son invitation, je picore des feuilles que je mâche lentement, consciencieusement. Elles ont un goût amer mais divin.

Le vent se lève et une rumeur naît et se multiplie en parcourant les branches. Je me penche pour écouter plus attentivement et entends : « il mange les herbes du Marquis, vivaré, vivaré ».

Au matin, je reste songeur.

Une nouvelle vie commence

Pourquoi se garer à Barbès alors qu’on va à Montmenrency ? Sans doute parce qu’il y a une chance qu’on y trouve de la place.

L’autoroute surélevée qui nous y conduit n’a qu’une voie et est rectiligne à perte de vue.

Une bonne demi-heure pour parvenir à la bretelle mais ça en valait la peine : on trouve à se garer sur un trottoir de Clignancourt.

C’est Noël et je suis exalté à l’idée que mon oncle F. nous héberge pour quelques mois, le temps pour nous de trouver un nouveau logement. Une nouvelle vie commence !

Dans la grande maison bourgeoise en pierres de lave, l’ambiance est festive. Cousins, cousines, oncles, tantes, grand-parents ont apporté des cadeaux qui ont été savamment cachés. Pâques à Noël, c’est doublement la fête !

Mais les cadeaux ne nous intéressent pas, tout heureux que nous sommes à l’idée de cet emménagement. Pourtant, quelque chose me tracasse. Mon oncle a-t-il bien compris que notre installation durerait plusieurs semaines ? J’ai un doute là-dessus et, à la mine contrite qu’il fait lorsque je lui pose la question, je comprends que ça ne va pas le faire.

Nous quittons la soirée pour retrouver la voiture et en chemin nous arrêtons boire un coup au café encore ouvert à cette heure tardive. L’ambiance est chaleureuse, façon guinguette de Montmartre.

L’instant d’après nous sommes chez ma mère, à qui nous apprenons benoîtement notre passage à la fête de Noël organisée par son frère et que nous pensons nous installer chez lui. Elle entre dans une colère froide, me reprochant de ne pas l’avoir prévenue de cette invitation.

Je me sens honteux.

Aphone en panne

la scène se déroule dans la luxueuse villa corse de Johnny H. Il y a là le gratin du show-biz et des belles lettres. Quelques acteurs porno sont en représentation au bord de la piscine tandis que Nestor sert le champagne à la vitesse de la lumière derrière le comptoir dressé dehors.

Johnny me prend par l’épaule et me parle tout bas. Je sais qu’il me flatte même si je ne comprends rien de son langage aux sonorités italo-flamandes.

Nous nous retrouvons au pied d’une immense scène dressé en contrebas. Je devine qu’il m’invite à monter avec lui et jubile à l’idée de partager ce concert avec lui.

Devant nous, une foule immense se presse au pied de l’estrade, poussant des hurlements d’impatience.

« C’est à toi » me dit-il avant de disparaitre par une trappe qui, sitôt refermée, n’est plus visible.

Une guitare à la main, ruisselant de sueur et de trouille, je me lance dans l’interprétation d’A Day in the Life des Beatles.

Sauf qu’aucun son ne sort de ma bouche, et je n’entends aucun retour de ma guitare. Les hurlement d’impatience du public innombrable se muent une seconde en un silence hébété, avant que la colère ne gronde.

Je sors mon iPhone de ma poche pour appeler à l’aide, mais l’écran affiche « service en maintenance, repassez plus tard ». De rage, je jette téléphone et guitare sur les premiers spectateurs arrivés sur la scène pour, je le sais bien, me casser la figure.

Je hurle, toujours aussi aphone, et trépigne ridiculement comme si je dansais la danse de la pluie.

C’est alors que Johnny apparait, me prend dans ses bras et invite l’assemblée, qui s’exécute aussitôt, à m’applaudir. Puis à l’oreille il me confie : « j’adore les blagues ».

Sale con.

Audience du Président

Comme chaque mois, ma femme se rend à l’Elysée pour l’audience publique de Barak Obama.

Je l’accompagne, à la fois fier et intimidé par la hardiesse de sa démarche de citoyenne curieuse de la chose politique.

Au rez-de-chaussée de la Maison Blanche, tout en marbre blanc, je l’accompagne jusque dans l’ascenseur, la pressant de me dire ce qu’elle compte demander au Président, quel type d’homme il est, impressionnant ou accessible.

Elle refuse obstément de me répondre, ou reste évasive : « je ne sais pas, j’improviserai ! ».

Ma curiosité piquée au vif, je l’attend sur le palier. Des doutes m’étreignent sur la nature de sa relation avec lui.

Mais l’excitation et la fierté l’emportent. 

Le champ des morts

Je flotte au dessus d’un champ de cadavres. Peaux fripées, membres squelettiques, regards vides, visages grimaçants.

Entre les morts poussent des herbes folles. Certains sont couverts de mousses d’un vert profond, et si épaisses qu’on voudrait s’allonger et s’endormir dessus.

Ce spectacle me laisse froid. Nulle compassion, nulle tristesse ne m’habite. Je les regarde comme on repense à des souvenirs digérés.

Me revoilà dans l’ascenceur qui monte sans fin. Chaque étage me laisse apercevoir une scène de vie ordinaire des morts du champ. Une petite vieille sert un thé à un jeune homme, trois enfants sautent sur des lits, une jeune femme lit un magazine assise en travers d’un fauteuil club, un magicien en bleu de travail fait de la soudure sur une table de cuisine, son chapeau penche dangereusement, un chien s’ebroue à côté de son maitre qui le traite de chameau…

Je suis las d’être le témoin malgré lui de ces vies anonymes, et je tire le frein à main. La cabine s’arrête brusquement et les lumières s’éteignent. L’obscurité totale vire au blanc éblouissant. Dans les deux cas, je me sens flotter dans le vide.

Je me sens profondément désabusé.

La piscine

Il fait une chaleur à crever. Et pourtant personne n’est dans la piscine. Nous sommes une bonne vingtaine à marcher en file indienne autour du grand bassin d’eau turquoise qui frissonne sous la brise chaude.

Je demande à mon père qui marche devant moi pourquoi personne ne se baigne. Il hausse les épaules comme si la réponse était évidente, mais ne répond pas.

Que ça m’agace, ces situations absurdes et désagréables ! Je m’arrête de marcher et la femme derrière moi me bouscule pour passer. Son regard étonné semble dénoncer l’incongruité de mon comportement. Je m’écarte donc de la file, du côté opposé à la piscine, et regarde le défilé.

Les gens se suivent par ordre décroissant de taille mais, chose curieuse, à aucun moment on ne voit le plus grand boucler la boucle après le plus petit. Exactement comme dans ce dessin d’Echer où des sentinelles montent la garde sur un escalier perpétuel sur le chemin de ronde d’une tour carrée.

Dans la foule des suiveurs, je reconnais A., avec sa couronne de cheveux d’or. Je m’approche pour lui parler mais elle s’éloigne comme un aimant de même polarité.

Je veux la saisir avant qu’elle ne tombe à l’eau mais c’est trop tard, elle chute sans un bruit dans la piscine. Immédiatement, tous s’arrêtent et la regardent avec effroi.

Incrédule, je vois son corps se dissoudre lentement. Les traits de son visage deviennent flous et ses yeux verts qui se tournent vers moi me disent un profond mépris, avant de palir et disparaitre à leur tour.

Une énorme culpabilité me pousse à me jeter à l’eau dans une tentative désespérée et vaine de la sauver. Mais alors que je m’enfonce dans la piscine, je devine les cris de d’indignation et les hurlements de désapprobation des personnes restées au bord, et je constate que je vieillis à vue d’oeil.

Avant de n’être plus qu’un tas d’os, mon fils me secoue l’épaule. « Papa, j’arrive pas à dormir » me dit-il. Je suis soulagé et heureux de le voir.

Le monstre derrière le rideau

Derrière le rideau de perles d’huile se cache le monstre. Je devine sa présence à l’odeur acre qu’il dégage, et à la silhouette sombre qui se découpe dans les interstices du rideau.

Je devrais m’enfuir mais je sais qu’il ne m’attrapera pas tant que je resterai dehors. N’empêche, des gouttes de sueur perlent sur mon nez, me brouillant la vue.

Comment faire pour traverser la maison et… Et quoi au fait ? Je l’ignore. Mais je sais que c’est vital.

Avant d’avoir trouvé une solution, une stratégie, je me vois traverser le mur de façade comme s’il s’agissait d’un nuage. Du coup, je passe de pièce en pièce par les cloisons pour me retrouver dans le jardin intérieur.

L’œuf est là, gigantesque, luisant et veiné comme s’il était fait de marbre blanc. Il émet des pulsations sourdes inquiétantes. Quelque chose veut en sortir, que je dois aider.

J’attrape la mobilette bleue garée contre le mur pour briser la coquille, mais elle ne marche pas. Il faut la réparer et, ça tombe bien, il y a là un aspirateur flambant neuf dont je m’aide pour remettre le moteur en route.

Cela fait, j’attrape l’engin à bout de bras et le projette violamment contre l’œuf. Mais la mobilette rebondit et se répand en mille morceaux à mes pieds. J’entends le monstre qui se rapproche, c’est terrible, il me reste quelques secondes au plus avant qu’il ne débarque et m’embroche.

Aussi, je me saisis d’une cafetière italienne posée sur la table et me mets en garde pour parer l’attaque.

Mais je n’ai pas le temps de voir le monstre : le réveil sonne. Ouf !

A la frontière de la Mort

Le train s’est arrêté à la frontière. Il fait nuit. Les douanier vont bientôt procéder au contrôle d’identité.

Dans le compartiment, mes voisins sortent de leurs valises, de leurs sacs ou leurs poches, des dizaines et des dizaines de feuilles de toutes les couleurs. Ce sont les formulaires nécessaires pour entrer dans ce pays qui ressemble à l’Allemagne.

Le contrôleur-douanier qui surgit dans le compartiment ressemble à Karl Marx. Son sourire bienveillant est contredit par son regard où perce une cruauté qui me terrorise soudain.

Les autres passagers sont en règle, qui rangent leurs formulaires. Lorsqu’enfin il se penche vers moi, je lui présente la paume de mes mains dans un geste qui dit ma détresse mais aussi mon identité, vérifiable aux lignes digitales.

Toute la scène se déroule dans un silence tendu. Le contrôleur me saisi les avant-bras, observe attentivement mes paumes, puis déclare que je ne suis pas en règle. Voilà qu’il ressemble au Père Noël maintenant !

Il ajoute ensuite qu’il me laisse passer car il lu dans les lignes du destin que je mourrai bientôt.