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J’ai du me tromper d’avion

J’ai du me tromper d’avion, à moins qu’une avarie ne l’ai forcé à se poser précipitamment.

Débarqué, je croise T. qui m’invite à la suivre. Elle rejoint ses parents pour déjeuner.

Sur la terrasse du restaurant, au sommet d’une montagne qui m’est inconnue, je suis assis sur le banc d’une table qui ressemble à s’y méprendre à celles qu’on trouve sur les aires de pique-nique. A ma droite,  T.. En face, ses parents.

Son père exprime une joviale tristesse, celle de ceux qui ont vu des choses terribles. Il garde les yeux fermés. Sa mère a elle les yeux ouverts et très protubérants. La paupière gauche gonflée et fermée, seul l’oeil droit est visible, grosse boule verte presque anis. Mais le plus terrifiant est sa pupille de chat.

L’instant d’après, je rassemble mes affaires en quittant l’arène où nous sommes sans doute venus voir une pièce de théâtre. Je suis le dernier à me lever. Arrivé au bout du couloir qui débouche sur la grille de sortie qu’M s’apprête à fermer, je m’aperçois que j’ai oublié mon pardessus marron fétiche. Je lui demande d’attendre quelques instants et fais demi-tour. Au passage, A. me chambre,  affirmant que je n’avais pas de manteau en venant. Mais revenu sur mes pas, je le trouve posé en boule sur une table. Je m’en saisis et rejoints de nouveau la sortie.

M. ferme la grille après moi. Nous nous séparons.

La cale

Debout sur le trottoir, dos au tabac, je regarde la Grand rue en pente qui conduit à la cale. La petite voiture bleue qui descend lentement et passe sous mon nez, c’est moi qui la conduit. A la recherche d’une place.

Je prends à droite, fais un tour de pâté de maison en remontant, puis redescend la Grand rue. Je me vois, depuis le tabac, freiner à soixante mètres de la cale. C’est beau, la mer est calme. M. est sur le siège passager, qui s’agace que nous ne nous garions pas.

Moi, mon moi conducteur, je recule et refais un tour de pâté de maison, pour me diriger de nouveau vers la cale. Et de m’arrêter à quarante mètres cette fois. La mer est moins claire, on devine un léger clapot. Je refais un tour de pâtés de maison, c’est fun.

Dans le même temps, j’observe depuis le tabac ces manœuvres, ce jeu puéril, me disant qu’à force il pourrait bien m’arriver malheur. La voiture bleue ne cesse de descendre la route et de freiner à chaque fois plus près du bord de l’eau.

De retour derrière le volant. Une dernière fois, juste une dernière fois, freiner au dernier moment… Mais trop tard. La voiture glisse lentement, comme aspirée par une mer avide et soudain calme (rassasiée ?). Après m’être assuré que M s’est extraite du véhicule et est remontée saine et sauve sur la berge, j’entreprends de sortir la voiture de l’eau, en vain.

On ne joue pas au con avec la mer.

Mener sa barque

Nous sommes une trentaine dans cette grotte, tous étrangers les uns aux autres. Il fait nuit.

A trois mètres de l’entrée, un précipice au-delà duquel on aperçoit les lumières d’une ville portuaire. Un paquebot plus haut que long a largué les amarres.

Nous voulons tous rejoindre la ville, même si nous savons que nous n’y retrouverons pas les gens qui nous sont chers.

L’instant d’après je me tiens sur le ponton d’un chalutier, mains sur le bastingage. La mer est calme. Par endroit, l’eau tombe dans des précipices grands comme des lacs. 

Le bateau peine à suivre les chemins qui serpentent entre les chutes. Nous sommes guidés par le défilé des navires qui nous ont précédés.

Je suis terrifié à l’idée que le bateau bascule dans le vide. Et heureux de suivre ma course vers un grand je ne sais quoi.

La pipe cassée

Nous sommes une bonne soixantaine d’adultes vêtus de kimonos jaunes, assis en tailleur sur de gros tatamis moelleux, visages tournés vers l’écran gigantesque sur lequel est projeté une course de vaches. La voix du commentateur est comme en sourdine, ou alors c’est moi qui suis tant concentré sur les bruits de son visage invisible, que je perçois ses paroles lointainement.

Ce que j’entends clairement, en revanche, est le bruit de l’objet qui vient de glisser de ses lèvres et chute comme indéfiniment. Je reconnais le sifflement caractéristique de l’air sur une pipe de bruyère à col de cygne et, instantanément, je mesure avec horreur ce qui va se produire dans l’instant.

La pipe apparaît en haut de l’écran et tombe en dehors du cadre, sur le parquet de notre salle, sous nos yeux incrédules.

Evidemment, elle se brise, dans un claquement à la fois net et pourtant étiré, comme si la scène se déroulait simultanément en temps réel et au ralenti.

Aucun cri, juste un frisson d’effroi qui glace l’atmosphère. Le présentateur désormais muet, on entend l’affolement des vaches de course et de leurs jockeys, tandis que sous nos yeux un sang épais, noir et fumant s’écoule des morceaux de la pipe.

Je crois que je mets à pleurer lorsque je reconnais la pipe de mon père.

Entre les murs

Le passage entre les murs est plus qu’étroit. Clairement insuffisant pour un être humain. Et pourtant j’y circule, entre les murs et les cloisons de cette grande maison dont je devine sans vraiment les voir les pièces sombres aux meubles couverts de draps blancs.

Agréable, cette sensation de voir sans être visible, se sentir en sécurité. Pourtant, je ne sais pas trop ce que je cherche ici. Ni même si ce lieu a un quelconque intérêt.

Quelque chose d’important doit être caché. Quelque chose de si important qu’on ne peut que l’enfermer derrière un mur. Aussi je les parcoure tous. En vain. Je sais au fond de moi qu’il n’y a rien à trouver, et j’en éprouve une grande déception.

Ce que c’est de croire au mystère !

Échiquier mat

Dans la rangée adverse se tiennent S. et J., vêtus de leurs habits de mariage bariolés tendance funky.

Je sais que c’est eux, mais leurs visages me rappellent plutôt ceux de A. et S.

J’avance en sautant de case noire en case noire pour me rapprocher d’eux et en avoir le coeur net, mais une ribambelle de gamins bruyants se met en travers de mon chemin.

Ils trichent ! Se positionnant indifféremment sur les cases noires et blanches, alors qu’ils jouent les blancs.

Je décide de les imiter mais lorsque je saute sur la case blanche devant moi, aucun sol ne m’arrête et je tombe dans un vide insondablement lumineux.

Je me relève dans une pièce entièrement capitonnée sans porte ni fenêtre, aux murs si haut que je sais ne pas pouvoir sortir de là sans aide extérieure.

Je ressens une grande détresse en songeant que je n’aurais jamais du quitter la partie sur l’échiquier mat.

Les bananes vertes sont inoffensives

« Rassure-toi, me dit Cruella en me prenant par le bras, les bananes vertes sont inoffensives. C’est quand elles mûrissent qu’elles attaquent. Les pires, c’est celles avec les grosses tâches noires : elles sont gluantes. »

Nous avançons dans les allées d’un hyper-hypermarché, croisant de grandes bananes vertes qui font leurs courses sans nous prêter la moindre attention.

Je me sens triste parce que ce magasin a changé d’enseigne : le Leclerc est devenu un Carrefour. Et je n’aime pas Carrefour. La clientèle y est plus petite, le personnel plus méfiant.

Cruella a disparu tandis que je débouche dans le rayon légumes. La vue des poireaux m’amuse. Avec leurs racines touffues de longs poils blanc-verts, semblables à des caniches de barbarie. Les pommes sont si grosses et si mûres qu’elles pourraient exploser comme des grenades.

L’instant d’après je suis assis dans le métro, seul dans la rame, hagard.

Couche

Je me réveille, il fait nuit, et j’ai une énorme envie d’uriner. Impossible de me lever, je pèse une tonne et aucun de mes muscles n’obéit aux ordres que je leur donne d’une voix de plus en plus suppliante.

Et soudain, j’éclate de rire en me souvenant que je porte une couche. Quel étourdit je fais !

L’instant d’après, je flotte confortablement dans l’eau claire d’une pissine publique. De temps à autres, des maîtres nageurs s’y soulagent, perchés sur les plongeoirs. Quoi ! Il faut bien maintenir le niveau !

Je fredonne en nageant d’un bout à l’autre, plein d’une sensation de légèreté.

Quitter Tel-Aviv

Nous entrons dans l’aéroport en franchissant l’un des quarante portiques dressés cote-à-cote. Avec leur tapis roulant latéral, j’ai le sentiment de passer à la caisse d’un supermarché dans le sens inverse.

Nos valises à roulette à la main, nous cherchons notre chemin dans le dédale des linéaires de cet immense aéroport, décidément aménagé comme une grande surface.

La peur de rater l’avion nous gagne et pourtant, curieusement, je prends le temps de rester observer un groupe de personnes en prière, alignées face à celle qui semble être leur rabbin. Elles sont joyeuses et accueillantes, aussi je les rejoins. Mais, ne connaissant ni leurs rituels ni leurs chants, je me fais bien vite exclure par leurs regards réprobateurs. Tant pis ! Après tout, j’ai un avion à prendre.

Au bout d’une allée, j’aperçois la signalétique des portes d’embarquements. Nous courrons jusqu’à un guichet où une hôtesse nous apprend que l’avion est en train de partir avec quelques minutes d’avance. Le suivant est dans trois heures. Je propose à M. d’en profiter pour rester un jour de plus et visiter Tel-Aviv, mais les conditions générales de vente de notre billet nous contraint de prendre le vol suivant.

Excedée, l’hôtesse décide soudain d’empêcher notre avion de décoller. Elle paraît furieuse contre ce capitaine qui se paye le luxe de voyager sans certains de ses passagers. Elle saute sur le tarmac, s’engouffre dans une voiture et entreprend de rejoindre l’avion qui déjà s’éloigne vers la piste d’aéroport. Nous n’en revenons pas, c’est digne d’un James Bond !

Finalement, j’ignore si nous sommes rentrés.

Débâcle

Encore un labyrinthe. Ou plutôt, une successions de pièces, compliquée, où nous passons pour libérer la bête, que rien ne sauvera autrement.

C’est une ambiance de débâcle. Les familles se tiennent par la main. Se guident, « non, pas par là, c’est dangereux ». Et se perdent.

Les couloirs sont encombrés de vieux meubles protégés de draps épais et poussiéreux, faisant du chemin un parcours du combattant.

Nous sommes tenaillés par l’angoisse d’être entrainés puis séparés par la foule.

Nous bifurquons dans une salle sur notre gauche. Elle est d’un blanc éclatant qui nous éblouit.

Puis plus rien.