Archives pour la catégorie Rêve loufoque

Edmundtown

Les rues d’Edmundtown sont désertes. En plein midi il fait une chaleur de tous les diables.

J’accompagne S. à l’école. J’ai un doute : sommes-nous dimanche ? Est-ce un jour férié ?

Nous entrons dans un « dinner » boire un crakola. Surprise, c’est plein à craquer là-dedans !

Je commande les liqueurs de cacao et demande à S. de m’avancer les deux Thalers qui me manquent.

Il acquiesce et pose ses mains sur ses yeux. Lorsqu’il les retire, il a une grosse pièce dorée dans la main. Et ses yeux ont disparu. Une peau uniforme va de son front à ses joues et son nez.

Interloqué, je lui dis que ce n’est pas bien malin, qu’il ne va rien voir en classe. Il sourit et me répond : « pas grave p’pa, tu me les rembourseras bientôt « .

CQFD.

Les herbes du Marquis

Cette plage paradisiaque de Corse est déserte. La mer, lisse comme du marbre poli, reflète un ciel orange.

Assis sur un pot de chambre, je compte les grains de sable entre mes pieds. Centaines, milliers, millions, billions, je suis inlassable.

Un ombre interrompt soudainement mon dénombrement : un arbuste imposant se dresse face à moi. Son odeur est celle du maquis.

Il me caresse les cheveux de ses branches et me propose de venir goûter ses herbes.

Fasciné, je me lève et me tiens au milieu d’une infinité d’arbustes odorants. Suivant son invitation, je picore des feuilles que je mâche lentement, consciencieusement. Elles ont un goût amer mais divin.

Le vent se lève et une rumeur naît et se multiplie en parcourant les branches. Je me penche pour écouter plus attentivement et entends : « il mange les herbes du Marquis, vivaré, vivaré ».

Au matin, je reste songeur.

Aphone en panne

la scène se déroule dans la luxueuse villa corse de Johnny H. Il y a là le gratin du show-biz et des belles lettres. Quelques acteurs porno sont en représentation au bord de la piscine tandis que Nestor sert le champagne à la vitesse de la lumière derrière le comptoir dressé dehors.

Johnny me prend par l’épaule et me parle tout bas. Je sais qu’il me flatte même si je ne comprends rien de son langage aux sonorités italo-flamandes.

Nous nous retrouvons au pied d’une immense scène dressé en contrebas. Je devine qu’il m’invite à monter avec lui et jubile à l’idée de partager ce concert avec lui.

Devant nous, une foule immense se presse au pied de l’estrade, poussant des hurlements d’impatience.

« C’est à toi » me dit-il avant de disparaitre par une trappe qui, sitôt refermée, n’est plus visible.

Une guitare à la main, ruisselant de sueur et de trouille, je me lance dans l’interprétation d’A Day in the Life des Beatles.

Sauf qu’aucun son ne sort de ma bouche, et je n’entends aucun retour de ma guitare. Les hurlement d’impatience du public innombrable se muent une seconde en un silence hébété, avant que la colère ne gronde.

Je sors mon iPhone de ma poche pour appeler à l’aide, mais l’écran affiche « service en maintenance, repassez plus tard ». De rage, je jette téléphone et guitare sur les premiers spectateurs arrivés sur la scène pour, je le sais bien, me casser la figure.

Je hurle, toujours aussi aphone, et trépigne ridiculement comme si je dansais la danse de la pluie.

C’est alors que Johnny apparait, me prend dans ses bras et invite l’assemblée, qui s’exécute aussitôt, à m’applaudir. Puis à l’oreille il me confie : « j’adore les blagues ».

Sale con.

Mourir de rire

Assis sur les marches de l’escalator sans fin, tout en cristal, dans le vide d’un ciel clair à perte de vue, je suis dos à A. qui est assis une marche plus haut.

Il me raconte son voyage à Bernique avec S. et C.

Comme toujours, sa manière de raconter ses périples est pleine de finesse et le regard lucide et cocasse qu’il porte sur les lieux et les gens sont à mourir de rire.

Mais justement, je ne dois pas rire. Mon médecin me l’a formellement déconseillé. Je pourrais mourir sinon.

Et c’est terrible de l’entendre, si enjoué, narrer les situations loufoques où ils se sont trouvés, à prendre des douches sous les bombes de Sarajevo, entouré de tuberculeux à Sanaâ, manger des plourds empoisonnés à Cubase.

Cela me coûte un effort monstrueux de ne pas laisser sortir ce rire profond qui veut tout emporter.

C’est alors que je vois monter vers nous le Joker, défiguré par la grimace qui maquille sa bouche. Il me fixe et articule péniblement que j’ai le choix entre rire et mourir ou ne pas rire et être déjà mort.

Je botte en touche et choisis de me réveiller.

Greffe de casquette

Mon chapeau s’est envolé. C’est très ennuyeux, ça. Maintenant je me sens nu, sans mon chapeau.

Nu et pauvre, parce que ce chapeau, il est en peau de labrador. C’est précieux ça, le labrador.

Mais en pleine mer, difficile de retrouver un chapeau envolé.

Transfert. Dans le bloc opératoire, le chirurgien procède à une greffe de casquette sur mon crane entièrement rasé. Il semble désolé, je lui demande pourquoi. Il répond presque à contrecœur : « C’est qu’une casquette en troc, ça remplacera jamais un chapeau en labrador ».

Il a raison, mais je m’en fous. Il faut savoir tourner la page, accepter le changement. Et puis, je suis content d’être sur cette table d’opération dans le petit salon de la maison de V.

L’instant d’après, c’est drôle, je grimpe le long de la façade d’un building à la manière de l’homme araignée, très fier de ma casquette.

Coupe de ouf

Il est urgent que je me rase. Cette barbe est bien trop longue pour ressembler à Tintin.

Je saisis mon rasoir de barbier, celui à manche bleu et à lame longue.

C’est la cata quand je me regarde dans le miroir, un vrai carnage : de longues bandes rases strient mon crâne, comme une pelouse haute en début de tonte. Entre ces bandes, des touffes de cheveux hirsutes me font une tête de fou.

Mais je ris de ma maladresse, et plus encore lorsque je constate que je me suis coupé la tête. Décapité par erreur pour être exact.

Les buts et le psy

Allongé sur le divan du psy, je contemple le plafond peint en ciel, où des mouettes voltigent avec grace. D’ailleurs, est-ce un plafond ou le vrai ciel ?

Je lui décris en détail les buts que j’ai marqué à mon dernier match de foot. Le plus beau, je l’ai mis d’un coup de raquette rageur. Hulk, qui gardait les buts adverses, n’a rien vu venir.

Le psy m’interrompt. Sa voix grave et rauque m’enveloppe comme venant de partout et nulle part. Comme une annonce divine. « Tu te ments comme un arracheur » me dit-il.

Je proteste vigoureusement, battant des bras et des jambes à la manière de quelqu’un qui se débat pour échapper à la noyade.

Je me sens ridicule, pris sur le fait, mais en même temps très serein lorsque je lui réponds que les petits mensonges sont des chiffons qu’on passe pour faire briller la surface terne de nos vies.

Le psy-grenouille coasse de rire, et les mouettes se figent au plafond, puis tombent comme des pierres. Ça fait mal, mais c’est drôle.