Archives pour la catégorie Rêve angoissant

Aphone en panne

la scène se déroule dans la luxueuse villa corse de Johnny H. Il y a là le gratin du show-biz et des belles lettres. Quelques acteurs porno sont en représentation au bord de la piscine tandis que Nestor sert le champagne à la vitesse de la lumière derrière le comptoir dressé dehors.

Johnny me prend par l’épaule et me parle tout bas. Je sais qu’il me flatte même si je ne comprends rien de son langage aux sonorités italo-flamandes.

Nous nous retrouvons au pied d’une immense scène dressé en contrebas. Je devine qu’il m’invite à monter avec lui et jubile à l’idée de partager ce concert avec lui.

Devant nous, une foule immense se presse au pied de l’estrade, poussant des hurlements d’impatience.

« C’est à toi » me dit-il avant de disparaitre par une trappe qui, sitôt refermée, n’est plus visible.

Une guitare à la main, ruisselant de sueur et de trouille, je me lance dans l’interprétation d’A Day in the Life des Beatles.

Sauf qu’aucun son ne sort de ma bouche, et je n’entends aucun retour de ma guitare. Les hurlement d’impatience du public innombrable se muent une seconde en un silence hébété, avant que la colère ne gronde.

Je sors mon iPhone de ma poche pour appeler à l’aide, mais l’écran affiche « service en maintenance, repassez plus tard ». De rage, je jette téléphone et guitare sur les premiers spectateurs arrivés sur la scène pour, je le sais bien, me casser la figure.

Je hurle, toujours aussi aphone, et trépigne ridiculement comme si je dansais la danse de la pluie.

C’est alors que Johnny apparait, me prend dans ses bras et invite l’assemblée, qui s’exécute aussitôt, à m’applaudir. Puis à l’oreille il me confie : « j’adore les blagues ».

Sale con.

Mourir de rire

Assis sur les marches de l’escalator sans fin, tout en cristal, dans le vide d’un ciel clair à perte de vue, je suis dos à A. qui est assis une marche plus haut.

Il me raconte son voyage à Bernique avec S. et C.

Comme toujours, sa manière de raconter ses périples est pleine de finesse et le regard lucide et cocasse qu’il porte sur les lieux et les gens sont à mourir de rire.

Mais justement, je ne dois pas rire. Mon médecin me l’a formellement déconseillé. Je pourrais mourir sinon.

Et c’est terrible de l’entendre, si enjoué, narrer les situations loufoques où ils se sont trouvés, à prendre des douches sous les bombes de Sarajevo, entouré de tuberculeux à Sanaâ, manger des plourds empoisonnés à Cubase.

Cela me coûte un effort monstrueux de ne pas laisser sortir ce rire profond qui veut tout emporter.

C’est alors que je vois monter vers nous le Joker, défiguré par la grimace qui maquille sa bouche. Il me fixe et articule péniblement que j’ai le choix entre rire et mourir ou ne pas rire et être déjà mort.

Je botte en touche et choisis de me réveiller.

Le monstre derrière le rideau

Derrière le rideau de perles d’huile se cache le monstre. Je devine sa présence à l’odeur acre qu’il dégage, et à la silhouette sombre qui se découpe dans les interstices du rideau.

Je devrais m’enfuir mais je sais qu’il ne m’attrapera pas tant que je resterai dehors. N’empêche, des gouttes de sueur perlent sur mon nez, me brouillant la vue.

Comment faire pour traverser la maison et… Et quoi au fait ? Je l’ignore. Mais je sais que c’est vital.

Avant d’avoir trouvé une solution, une stratégie, je me vois traverser le mur de façade comme s’il s’agissait d’un nuage. Du coup, je passe de pièce en pièce par les cloisons pour me retrouver dans le jardin intérieur.

L’œuf est là, gigantesque, luisant et veiné comme s’il était fait de marbre blanc. Il émet des pulsations sourdes inquiétantes. Quelque chose veut en sortir, que je dois aider.

J’attrape la mobilette bleue garée contre le mur pour briser la coquille, mais elle ne marche pas. Il faut la réparer et, ça tombe bien, il y a là un aspirateur flambant neuf dont je m’aide pour remettre le moteur en route.

Cela fait, j’attrape l’engin à bout de bras et le projette violamment contre l’œuf. Mais la mobilette rebondit et se répand en mille morceaux à mes pieds. J’entends le monstre qui se rapproche, c’est terrible, il me reste quelques secondes au plus avant qu’il ne débarque et m’embroche.

Aussi, je me saisis d’une cafetière italienne posée sur la table et me mets en garde pour parer l’attaque.

Mais je n’ai pas le temps de voir le monstre : le réveil sonne. Ouf !

A la frontière de la Mort

Le train s’est arrêté à la frontière. Il fait nuit. Les douanier vont bientôt procéder au contrôle d’identité.

Dans le compartiment, mes voisins sortent de leurs valises, de leurs sacs ou leurs poches, des dizaines et des dizaines de feuilles de toutes les couleurs. Ce sont les formulaires nécessaires pour entrer dans ce pays qui ressemble à l’Allemagne.

Le contrôleur-douanier qui surgit dans le compartiment ressemble à Karl Marx. Son sourire bienveillant est contredit par son regard où perce une cruauté qui me terrorise soudain.

Les autres passagers sont en règle, qui rangent leurs formulaires. Lorsqu’enfin il se penche vers moi, je lui présente la paume de mes mains dans un geste qui dit ma détresse mais aussi mon identité, vérifiable aux lignes digitales.

Toute la scène se déroule dans un silence tendu. Le contrôleur me saisi les avant-bras, observe attentivement mes paumes, puis déclare que je ne suis pas en règle. Voilà qu’il ressemble au Père Noël maintenant !

Il ajoute ensuite qu’il me laisse passer car il lu dans les lignes du destin que je mourrai bientôt.

Paris-Gotham

Encore ce quartier de Paris, avec les rues qui montent et qui descendent et ce fichu métro aérien. Avec aussi de faux airs de Gotham City. C’est gris, noir, salle et surtout, il n’y a personne pour m’indiquer le chemin de la gare.

Ma valise est un sarcophage à roulettes aux couleurs vives, presque fluorescentes. Le cadavre de mon grand-père est à l’intérieur. Pourtant, cela me semble étonnamment léger. Faut dire aussi que les morts ne pèsent pas lourd.

A quelle heure part mon train ? Impossible de me souvenir, impossible de décider si je serai en avance ou en retard. Cela m’agace.

Deux personnes s’approchent, sorties de nulle part. Ce sont mes parents. Ils semblent ne pas me reconnaître. Je les appelle – hé ho ! C’est moi ! – mais ils détournent leur regard et changent de trottoir. J’éprouve une grande tristesse.

Dans le sarcophage, mon grand-père grogne et lache d’un ton méprisant que les enfants sont ingrats, même s’ils sont des parents. Il ajoute, et cela me frappe : « tu verras toi aussi comme il fait noir dans la valise ».

Gros malaise.

Babar

Ma grande cousine me donne des ordres contradictoires. Je dois faire le lit et peigner les chats siamois. C’est pourtant impossible de faire les deux en même temps !

Elle insiste, dans cette chambre aux murs  suintants, pour que j’obéisse  à son ordre stupide.

Dans la cheminée au fond de la pièce brûle un feu de poupées, qui produit des flammes vertes émeraude. Je suis écœuré de voir qu’on tourne ainsi le dos à son enfance, jusqu’à ce que je remarque la peluche Babar que les flammes n’t pas encore atteint.

Aussitôt je me rue vers la cheminée, mais je parviens à peine à me déplacer, comme englué sur ce parquet de goudron.

Me voyant ainsi, ma cousine se place face à moi, bras croisés, et, me toisant avec mépris, me lance : « Les épines permettent une cuisson géniale des moules en rose à. Jamais goûté ? »

Je m’éveille en sueur.

Los hermanos Rabassó

Les frères Rabassó parlent assez vivement, à la manière des jumeaux Weasley dans Harry Potter. Je remplis en toute hâte leur grande valise en cuir marron foncé, pour les emmener à l’aéroport.

Assis en tailleur sur la moquette beige en laine épaisse, ils se fichent éperdument du vol et de leur bagage, que j’ai d’ailleurs du mal à fermer à cause du chandelier que j’y ai placé.

Je les presse un peu. Alors que nous changeons de pièce pour quitter l’appartement, ils se joingnent à un groupe assis là, à qui ils proposent une partie de petits chevaux, qu’ils mènent ensuite tambour battant sur un plateau de jeu de l’oie aux couleurs du Monopoly.

Je les supplie de terminer la partie. Nous sommes déjà en retard et, chaque fois que je regarde le billet d’avion, j’ai la certitude que nous raterons le vol.

Je garde une image vague du trajet en voiture et de la traversée du parking de l’aéroport.

Quand nous arrivons dans la salle d’embarquement après avoir franchi un tunnel en arceaux de plexiglas, les frangins débattent toujours du meilleur moyen de mener une conversation à son terme. J’éprouve de la tristesse à me sentir exclu de leur relation, et me fais l’effet d’un majordome qu’on ignorerait comme on le fait d’un meuble familier.

Je présente les cartes d’embarquement à l’hôtesse, qui me regarde fixement de ses yeux aveugles et me dit que mes billets sont lisses. Lorsque je les regarde, ils sont uniformément blancs, comme s’ils n’avaient jamais été imprimés.

Le hall où nous sommes est circulaire et a les mêmes proportions qu’une boite de camembert. Il flotte doucement.

J’ai l’effroyable conviction d’être dans une soucoupe volante.