Archives pour la catégorie Rêve agréable

Des zèbres et des moutons

On est dedans, et en même temps dehors. Et on tourne assis sur des zèbres.

Le sol est jonché cadavres de souris jaunes fluo, qui luisent dans la pénombre, et couinent pourtant.

Je lève la tête. Dans le ciel, des nuages cotonneux balancent doucement. J’aperçois par moments qu’ils portent quelque chose.

J’entraine mon zèbre en hauteur et, parvenus au sommet d’un escalier en colimaçon plus étroit qu’une chatière, je constate que ce sont des moutons qui y dorment, pattes avant croisées sous le menton.

Et je ris. Je ris. Je ris encore.

African diaspora

Partout autour de moi, la banquise à perte de vue. Jamais vu de sable aussi blanc, aussi fin. Tiens, on croirait de la neige. Le ciel écrasé de lumière est du même bleu pale que celui de Dakar. Et ce qu’il fait chaud ! Drôle de pole, décidément.

Ah ! Les voilà. Sacrés pingouins ! Ils sont amusants, avec leur démarche pataude. Et nombreux avec ça. Comme un trait de feutre qui s’allonge sur l’horizon à mesure qu’ils approchent. De fait, le trait s’étire et s’étire des deux côtés, de plus en plus vite maintenant. Et s’épaissit. C’est qu’ils m’encerclent, dis donc ! Ils sont quoi, des milliers ? Des dizaines de milliers ? Peut-être bien plus encore.

Je ne les pensais pas aussi grands, ni aussi efflanqués, ni aussi dignes. Ils ont troqué leur manteau queue-de-pie pour un ensemble marron foncé défoncé. Ils avancent toujours vers moi, et j’angoisse à l’idée que je n’ai rien à leur dire d’intéressant.

Lorsque les premiers arrivent à un ou deux mètres de moi, ils s’immobilisent instantanément. Comme figés dans la même fraction de seconde. L’Intensité du moment est telle, qu’on croirait entendre le silence.

Et, de même qu’ils se sont arrêtés d’un coup, ils entonnent aussi soudainement un reggae polyphonique. Fascinant. Je ne comprends pas les paroles, mais lorsqu’ils chantent le refrain, je reconnais l’expression « African diaspora ».

Des pingouins d’Afrique, manquait plus que ça ?!

On dirait Sienne

Je reconnais cette place ! J’ai déjà rêvé ici. Place en demi-cercle, pavée, grande, lumineuse, pourtant entourée de hautes façades d’immeubles aux fenêtres rares, guère plus larges que des meurtrières.

Quelques touristes en combinaison survolent le lieu, flottant sur le ventre comme des bibendums célestes. Le point de vue doit être exceptionnel de là-haut. Des pigeons mécaniques se dandinent à la queue-leu-leu, direction la fontaine de l’ange-gardien-du-Saint-Sépulcre.

Il fait bon, comme une après-midi de printemps. Le goût du mafé qu’on m’a servi ristretto est divin. Et mon dromadaire préféré est tranquillement assis à mes pieds. Enfin, jusqu’à ce que la chute d’un touriste volant sonne l’heure de son diner.

Le spectacle est tout bonnement inénarrable.

Et le bonheur, décidément, un instant fugace.

Sur les tables

« Magistral ! » s’exclame en s’approchant de moi le gros ours vert qui circule de table en table.

Il faut dire que nous nous tenons tous dans des positions extraordinaires, digne des meilleurs contortionnistes : M. tient sur une main et un pied, la tête de côté. S. et M. ont opté pour moins périlleux, l’un en tailleur en équilibre sur ses trois mains, l’autre en appui sur son épaule plate comme un pneu crevé.

Ce n’est pas un cours de yoga, juste une après-midi dans un café. L’ours vert m’a servi un jus de croissant que je sirote à l’aide d’une paille grosse comme un tuyau d’arrosage. 

Les odeurs, divines, ont toutes leur couleur. Aussi l’atmosphère est-elle translucide et feutrée, comme dans la brume par temps de neige.

S. demande à la cantonade qui peut lui gratter les dents. Ça provoque un éclat de rire qui nous fait tous tomber de nos tables. Nous rampons les uns vers les autres en gloussant et s’exclaffant. Une fois réunis, nous formons une grande couverture écossaise. Je crois que nous nous endormons ainsi, bien au chaud.

Couche

Je me réveille, il fait nuit, et j’ai une énorme envie d’uriner. Impossible de me lever, je pèse une tonne et aucun de mes muscles n’obéit aux ordres que je leur donne d’une voix de plus en plus suppliante.

Et soudain, j’éclate de rire en me souvenant que je porte une couche. Quel étourdit je fais !

L’instant d’après, je flotte confortablement dans l’eau claire d’une pissine publique. De temps à autres, des maîtres nageurs s’y soulagent, perchés sur les plongeoirs. Quoi ! Il faut bien maintenir le niveau !

Je fredonne en nageant d’un bout à l’autre, plein d’une sensation de légèreté.

Quitter Tel-Aviv

Nous entrons dans l’aéroport en franchissant l’un des quarante portiques dressés cote-à-cote. Avec leur tapis roulant latéral, j’ai le sentiment de passer à la caisse d’un supermarché dans le sens inverse.

Nos valises à roulette à la main, nous cherchons notre chemin dans le dédale des linéaires de cet immense aéroport, décidément aménagé comme une grande surface.

La peur de rater l’avion nous gagne et pourtant, curieusement, je prends le temps de rester observer un groupe de personnes en prière, alignées face à celle qui semble être leur rabbin. Elles sont joyeuses et accueillantes, aussi je les rejoins. Mais, ne connaissant ni leurs rituels ni leurs chants, je me fais bien vite exclure par leurs regards réprobateurs. Tant pis ! Après tout, j’ai un avion à prendre.

Au bout d’une allée, j’aperçois la signalétique des portes d’embarquements. Nous courrons jusqu’à un guichet où une hôtesse nous apprend que l’avion est en train de partir avec quelques minutes d’avance. Le suivant est dans trois heures. Je propose à M. d’en profiter pour rester un jour de plus et visiter Tel-Aviv, mais les conditions générales de vente de notre billet nous contraint de prendre le vol suivant.

Excedée, l’hôtesse décide soudain d’empêcher notre avion de décoller. Elle paraît furieuse contre ce capitaine qui se paye le luxe de voyager sans certains de ses passagers. Elle saute sur le tarmac, s’engouffre dans une voiture et entreprend de rejoindre l’avion qui déjà s’éloigne vers la piste d’aéroport. Nous n’en revenons pas, c’est digne d’un James Bond !

Finalement, j’ignore si nous sommes rentrés.

Les herbes du Marquis

Cette plage paradisiaque de Corse est déserte. La mer, lisse comme du marbre poli, reflète un ciel orange.

Assis sur un pot de chambre, je compte les grains de sable entre mes pieds. Centaines, milliers, millions, billions, je suis inlassable.

Un ombre interrompt soudainement mon dénombrement : un arbuste imposant se dresse face à moi. Son odeur est celle du maquis.

Il me caresse les cheveux de ses branches et me propose de venir goûter ses herbes.

Fasciné, je me lève et me tiens au milieu d’une infinité d’arbustes odorants. Suivant son invitation, je picore des feuilles que je mâche lentement, consciencieusement. Elles ont un goût amer mais divin.

Le vent se lève et une rumeur naît et se multiplie en parcourant les branches. Je me penche pour écouter plus attentivement et entends : « il mange les herbes du Marquis, vivaré, vivaré ».

Au matin, je reste songeur.