Archives mensuelles : novembre 2015

Berlingo

Je courre entre les lignes blanches. Comme un fou. Les poumons me brûlent.

L’horizon semble à portée de main, comme si j’arrivais en permanence au dernier pas qui sépare du sommet de la butte.

Et puis je grandis. Je m’étire comme un chewing-gum et à mesure que je prends de la hauteur, plus je mesure les limites de mon terrain de course. C’est rigolo de voir comme mes pieds sont tout petits au bout de mes looooongues jambes !

Le doute n’est plus permis : je courre sur un berlingo géant. J’avance droit et pourtant je tourne en rond. J’ai un sentiment intense d’absurdité qui me pousse à sauter dans le vide…

Pour retomber pesamment sur un sol veiné couleur sable foncé. Je m’assieds et je ris aux éclats : je suis sur une cacahuète géante !

Des zèbres et des moutons

On est dedans, et en même temps dehors. Et on tourne assis sur des zèbres.

Le sol est jonché cadavres de souris jaunes fluo, qui luisent dans la pénombre, et couinent pourtant.

Je lève la tête. Dans le ciel, des nuages cotonneux balancent doucement. J’aperçois par moments qu’ils portent quelque chose.

J’entraine mon zèbre en hauteur et, parvenus au sommet d’un escalier en colimaçon plus étroit qu’une chatière, je constate que ce sont des moutons qui y dorment, pattes avant croisées sous le menton.

Et je ris. Je ris. Je ris encore.

Mener sa barque

Nous sommes une trentaine dans cette grotte, tous étrangers les uns aux autres. Il fait nuit.

A trois mètres de l’entrée, un précipice au-delà duquel on aperçoit les lumières d’une ville portuaire. Un paquebot plus haut que long a largué les amarres.

Nous voulons tous rejoindre la ville, même si nous savons que nous n’y retrouverons pas les gens qui nous sont chers.

L’instant d’après je me tiens sur le ponton d’un chalutier, mains sur le bastingage. La mer est calme. Par endroit, l’eau tombe dans des précipices grands comme des lacs. 

Le bateau peine à suivre les chemins qui serpentent entre les chutes. Nous sommes guidés par le défilé des navires qui nous ont précédés.

Je suis terrifié à l’idée que le bateau bascule dans le vide. Et heureux de suivre ma course vers un grand je ne sais quoi.