Archives mensuelles : juillet 2015

Les bostons

C’est curieux ça, de se retrouver dans la même grande entrée du 137, rue de Grenelle, en famille,  dans la même ambiance dix-neuvième siècle que celles du rêve de la veille.

L’arrière grand-père Adolphe, encore lui, déclare fièrement à la cantonade que sa fille a sept agraffes à ses bottes et quatre à ses « bostons » – qui désigne en fait une paire de bottines.

Bizarre.

Conseil de guerre

Conseil de guerre au quatrième étage du 137, rue de Grenelle.

Ma famille est au grand complet. Tous en habit de la fin du dix-neuvième siècle. Mes arrières grand-pères tiennent conciliabule avant d’annoncer que, face aux menaces de bombardements, nous devons rejoindre le deuxième étage.

Tous se précipitent dans les escaliers et commencent à descendre. J’entends alors Adolphe ordonner aux femmes de tenir la rampe et de prendre d’amples respirations pour ne pas tomber inconscient.

Me souviens plus de la suite.

Les herbes du Marquis

Cette plage paradisiaque de Corse est déserte. La mer, lisse comme du marbre poli, reflète un ciel orange.

Assis sur un pot de chambre, je compte les grains de sable entre mes pieds. Centaines, milliers, millions, billions, je suis inlassable.

Un ombre interrompt soudainement mon dénombrement : un arbuste imposant se dresse face à moi. Son odeur est celle du maquis.

Il me caresse les cheveux de ses branches et me propose de venir goûter ses herbes.

Fasciné, je me lève et me tiens au milieu d’une infinité d’arbustes odorants. Suivant son invitation, je picore des feuilles que je mâche lentement, consciencieusement. Elles ont un goût amer mais divin.

Le vent se lève et une rumeur naît et se multiplie en parcourant les branches. Je me penche pour écouter plus attentivement et entends : « il mange les herbes du Marquis, vivaré, vivaré ».

Au matin, je reste songeur.

Une nouvelle vie commence

Pourquoi se garer à Barbès alors qu’on va à Montmenrency ? Sans doute parce qu’il y a une chance qu’on y trouve de la place.

L’autoroute surélevée qui nous y conduit n’a qu’une voie et est rectiligne à perte de vue.

Une bonne demi-heure pour parvenir à la bretelle mais ça en valait la peine : on trouve à se garer sur un trottoir de Clignancourt.

C’est Noël et je suis exalté à l’idée que mon oncle F. nous héberge pour quelques mois, le temps pour nous de trouver un nouveau logement. Une nouvelle vie commence !

Dans la grande maison bourgeoise en pierres de lave, l’ambiance est festive. Cousins, cousines, oncles, tantes, grand-parents ont apporté des cadeaux qui ont été savamment cachés. Pâques à Noël, c’est doublement la fête !

Mais les cadeaux ne nous intéressent pas, tout heureux que nous sommes à l’idée de cet emménagement. Pourtant, quelque chose me tracasse. Mon oncle a-t-il bien compris que notre installation durerait plusieurs semaines ? J’ai un doute là-dessus et, à la mine contrite qu’il fait lorsque je lui pose la question, je comprends que ça ne va pas le faire.

Nous quittons la soirée pour retrouver la voiture et en chemin nous arrêtons boire un coup au café encore ouvert à cette heure tardive. L’ambiance est chaleureuse, façon guinguette de Montmartre.

L’instant d’après nous sommes chez ma mère, à qui nous apprenons benoîtement notre passage à la fête de Noël organisée par son frère et que nous pensons nous installer chez lui. Elle entre dans une colère froide, me reprochant de ne pas l’avoir prévenue de cette invitation.

Je me sens honteux.

Aphone en panne

la scène se déroule dans la luxueuse villa corse de Johnny H. Il y a là le gratin du show-biz et des belles lettres. Quelques acteurs porno sont en représentation au bord de la piscine tandis que Nestor sert le champagne à la vitesse de la lumière derrière le comptoir dressé dehors.

Johnny me prend par l’épaule et me parle tout bas. Je sais qu’il me flatte même si je ne comprends rien de son langage aux sonorités italo-flamandes.

Nous nous retrouvons au pied d’une immense scène dressé en contrebas. Je devine qu’il m’invite à monter avec lui et jubile à l’idée de partager ce concert avec lui.

Devant nous, une foule immense se presse au pied de l’estrade, poussant des hurlements d’impatience.

« C’est à toi » me dit-il avant de disparaitre par une trappe qui, sitôt refermée, n’est plus visible.

Une guitare à la main, ruisselant de sueur et de trouille, je me lance dans l’interprétation d’A Day in the Life des Beatles.

Sauf qu’aucun son ne sort de ma bouche, et je n’entends aucun retour de ma guitare. Les hurlement d’impatience du public innombrable se muent une seconde en un silence hébété, avant que la colère ne gronde.

Je sors mon iPhone de ma poche pour appeler à l’aide, mais l’écran affiche « service en maintenance, repassez plus tard ». De rage, je jette téléphone et guitare sur les premiers spectateurs arrivés sur la scène pour, je le sais bien, me casser la figure.

Je hurle, toujours aussi aphone, et trépigne ridiculement comme si je dansais la danse de la pluie.

C’est alors que Johnny apparait, me prend dans ses bras et invite l’assemblée, qui s’exécute aussitôt, à m’applaudir. Puis à l’oreille il me confie : « j’adore les blagues ».

Sale con.

Mourir de rire

Assis sur les marches de l’escalator sans fin, tout en cristal, dans le vide d’un ciel clair à perte de vue, je suis dos à A. qui est assis une marche plus haut.

Il me raconte son voyage à Bernique avec S. et C.

Comme toujours, sa manière de raconter ses périples est pleine de finesse et le regard lucide et cocasse qu’il porte sur les lieux et les gens sont à mourir de rire.

Mais justement, je ne dois pas rire. Mon médecin me l’a formellement déconseillé. Je pourrais mourir sinon.

Et c’est terrible de l’entendre, si enjoué, narrer les situations loufoques où ils se sont trouvés, à prendre des douches sous les bombes de Sarajevo, entouré de tuberculeux à Sanaâ, manger des plourds empoisonnés à Cubase.

Cela me coûte un effort monstrueux de ne pas laisser sortir ce rire profond qui veut tout emporter.

C’est alors que je vois monter vers nous le Joker, défiguré par la grimace qui maquille sa bouche. Il me fixe et articule péniblement que j’ai le choix entre rire et mourir ou ne pas rire et être déjà mort.

Je botte en touche et choisis de me réveiller.

Audience du Président

Comme chaque mois, ma femme se rend à l’Elysée pour l’audience publique de Barak Obama.

Je l’accompagne, à la fois fier et intimidé par la hardiesse de sa démarche de citoyenne curieuse de la chose politique.

Au rez-de-chaussée de la Maison Blanche, tout en marbre blanc, je l’accompagne jusque dans l’ascenseur, la pressant de me dire ce qu’elle compte demander au Président, quel type d’homme il est, impressionnant ou accessible.

Elle refuse obstément de me répondre, ou reste évasive : « je ne sais pas, j’improviserai ! ».

Ma curiosité piquée au vif, je l’attend sur le palier. Des doutes m’étreignent sur la nature de sa relation avec lui.

Mais l’excitation et la fierté l’emportent.