Zombinator

Essouflé, paniqué, pourchassé de toutes parts par des zombies trop vifs pour moi. Leur yeux vairons clignotent sans cesse, rouge/bleu et blanc/vert, croisement terrifiant de morts-vivant et de Terminators.

ça pue la chair pourrie, ou calcinée. Par moment, un chasseur dont les moteurs rugissent s’approche et tire des rafales sur mes poursuivants. Une fois, deux fois, trois fois, tandis que je courre péniblement dans une boue épaisse dont mes pieds s’extirpent dans un bruit de succion répugnant. Ralenti, j’aurais du me faire croquer depuis pas mal de temps, mais les zombosses sont pris au piège dans la boue comme des mouches dans une sauce au citron.

Dans une dernière boucle, l’avion s’approche de moi en silence, aussi doucement qu’une soucoupe volante. Ses roues pivotent à quatre-vingt-dix degrés et tombent des essieux, droit sur moi. Ce sont des bouées de sauvetage qui m’enserrent, et c’est un bibendum noir que l’avion remonte à son bord à l’aide d’un treuil carré.

Dans la carlingue, c’est la fête. Des militaires aux uniformes bariolés boivent des canons en se donnant de grandes claques dans le dos. On célèbre la victoire contre les robots tyrans dévoreurs de cerveaux. Le général Raled est à l’honneur, dans son ample manteau de zibeline rose, couronne d’épingles au revers. Je me fais la remarque que le rouge de ses grandes chaussures de clown s’accorde mal avec la zibeline.

Sa longue moustache balaie ses mots, qu’il prononce avec une difficulté manifeste. Ses paroles sont propres, ses propos polis comme de petits cailloux. Je n’y comprends pas grand chose à vrai dire. De-ci de-là un mot parvient à ma conscience et me fait sourire. Un mot que je comprends est comme une caresse, une odeur familière qui me ramène chez moi l’espace d’un instant.

Vient le moment tant attendu du concert d’oiseaux. Une technique de chant ancestrale cultivée chez les militaires de classe quatre. Les balons de rouge ont fait place à des oiseaux de toutes races, bigarrés, chatoyants, tenus fermement par le cou. Au signal du chef d’orchestre, chaque musicien pose le derrière de son oiseau sur sa bouche et souffle dedans. Les oiseaux gonflent attrocement puis libèrent ensuite des cris suraigus qui m’évoquent celui des macaques en guerre. C’est un spectacle scabreux, qui me donne la nausée, mais dont je n’arrive pourtant pas à détourner le regard.

A ma droite surgit N. Il passe son bras autour de mon épaule et me dit sur le ton de la confidence : « Tu n’es pas obligé de vomir ici, tu sais. Je vais te conduire aux toilettes ». Sur ce, il actionne une chaine suspendue au plafond. Un bruit de chasse d’eau, une trappe qui se dérobe sous mes pieds, une pluie drue accompagne ma chute.

C’est une sensation agréable.

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